Si les forêts sont les poumons de la Terre et que les zones humides en sont les reins, alors il nous faut bien admettre que l’eau en est le sang. Et aucun organisme ne saurait vivre sans sang ou avec un sang vicié.
L’enjeu de l’eau est donc un enjeu majeur, fondamental, prioritaire pour l’humanité entière mais aussi pour les oiseaux d’eau, donc pour les chasseurs de gibier d’eau.
Les 10 plus grands fleuves les plus menacés au Monde dont le Nil, le Gange, le Yangtsé, le Danube et le Mékong, viennent de faire l’objet d’un état des lieux particulièrement inquiétant : surpêche, prélèvements excessifs pour l’irrigation, pollutions, constructions anarchiques de barrages, introductions d’espèces invasives exogènes,… Les conséquences du changement climatique ne feront qu’ajouter à ces atteintes et qu’accroître le principal danger : si rien n’est fait très vite, la ressource en eau va devenir insuffisante. Pour tous, pour tout.
Autre conséquence indirecte, autre dommage prévisible (et même déjà prévu, mesuré), la quantité d’eau par habitant diminuant, les risques de conflits vont se multiplier en même temps que toutes les erreurs de gestion qui vont avec.
Pour les plus optimistes, ce danger pourrait, eu égard à son caractère mondial et international, engendrer une forme de solidarité nouvelle plutôt que les guerres habituelles. Souhaitons que ces derniers aient raison et que l’enjeu de la bataille de l’eau, le pari de l’or bleu, soit gagné sur toute la planète dans un esprit de fraternité et de communautarité. L’homme et l’humanité ne s’en porteront que mieux, nos zones humides aussi et la biodiversité pourra en tirer grand bénéfice, les oiseaux d’eau en premier lieu.
L’assèchement des grands fleuves |
C’est un risque réel, encore inconcevable il y a quelques décennies. Le Rio Grande, le Gange, l’Indus, le Nil qui brassent des millions de m3 d’eau depuis la nuit des temps peinent aujourd’hui de plus en plus à rejoindre la mer. |
L’eau est souillée |
Effet insuffisamment connu des barrages, en freinant l’évacuation de l’eau, ils freinent aussi l’évacuation des polluants accumulés dans les grands fleuves et favorisent leur concentration.
Ainsi le Yangtsé (Yangzi Jiang) qui alimente 40% du territoire chinois et fournit 70% de l’eau nécessaire à la production rizicole nationale, reçoit annuellement 25 milliards de tonnes d’eaux urbaines et industrielles souillées.
L’Afrique traite moins de 10% de son eau, l’Amérique du Sud 14% et l’Asie 25% contre 66% pour l’Europe et 90% pour l’Amérique du Nord.
2,4 milliards de personnes n’ont pas accès à un système d’assainissement de l’eau.
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Les Pays-Bas veulent redonner de la place à l’eau
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Après avoir, pendant des siècles, réduit la place de l’eau au profit de la terre via l’endiguement et l’assèchement des zones poldé-risées, les Pays-Bas changent totalement d’orientation en raison des risques liés au réchauffement climatique.
Pour René Peusens, responsable du projet Meuse pour la province du Nord Brabant : "De mémoire de Néerlandais, c’est la première fois que l’on redonne de la place à l’eau. C’est un changement très étrange. Mais l’effet de cet aménagement se fera sentir jusqu’à 100 km en amont et permettra d’abaisser le niveau du fleuve jusqu’à 30 cm en cas de crue. Cela coûtera 10 fois moins cher que si l’on avait dû renforcer le système de digues sur 100 km."
La dépoldérisation en route consiste à supprimer les digues qui canalisent les fleuves afin que les terres soient à nouveau inondables et inondées en cas de montée du niveau de l’eau. Les maisons construites sur ces territoires vont être rasées et rebâties ailleurs. Les agriculteurs et résidents seront indemnisés. Le programme intitulé : "De l’espace pour l’eau" prévoit 30 projets de ce type sur la Meuse et le Rhin d’ici à 2015. |
Les Pays-Bas réfléchissent aussi à la dépoldérisation de la bande côtière en conséquence de la montée prévue du niveau de la mer : 60% des néerlandais vivent sous le niveau de la mer et y produisent 65% du Produit Intérieur Brut. "On ne pourra réussir qu’en travaillant avec la nature" affirme Marcel Stive, directeur scientifique du centre de recherche sur l’eau de l’Université de Dalft.
Des prototypes de maisons amphibies et de serres flottantes existent déjà. Des projets d’îles artificielles, construites avec du sable extrait au large, qui freineraient l’effet des marées et favoriseraient la reconstitution des dunes côtières érodées, sont à l’étude. Des projets conçus sur 50 ans de plusieurs dizaines de milliards d’euros pour un retour à une gestion rationnelle et raisonnable des zones humides dont on n’aurait jamais dû sortir.
Un plus incontestable et bienvenu quoiqu’involontaire pour les oiseaux d’eau qui retrouveront là les immensités de zones humides qu’on leur a volées il y a de nombreuses années. |
L’eau qui manque, le manque qui tue |
Chaque minute, 15 personnes meurent dans le monde faute d’avoir accès à une eau saine. 1,1 milliard de personnes en sont privées. Selon les Nations Unies, elles seront 3 milliards en 2025 si rien n’est fait en urgence. |
Le réchauffement climatique
va influer sur l’approvisionnement en eau |
Les experts du GIEC (Groupe d’Intervention sur l’Evolution du Climat) réuni tout récemment à Bruxelles ont dressé un constat sans appel et alarmiste sur les besoins en eau futurs et sur les ressources disponibles.
- 40% de l’humanité vit déjà dans des zones confrontées au stress hydrique.
- La population mondiale de 6 milliards d’individus aujourd’hui en comptera
9 milliards en 2050 pour une même quantité d’eau.
- Sécheresses et épisodes de précipitations intenses vont se succéder à un rythme accéléré. |
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- Les volumes des glaciers et de la neige stockée en altitude vont baisser, limitant ainsi les débits d’eau au printemps et à l’automne.
- 70% de l’eau douce mondiale sont prélevés pour irriguer des terres agricoles qui couvrent 40% des besoins alimentaires.
- 17% de l’électricité mondiale provient de l’hydroélectricité et des grands fleuves, autant que le gaz et le nucléaire. |
Fleuves en danger |
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Le Yangtsé : 6 300 km. Bassin de 1 800 000 km2.
Population : 430 millions d’habitants.
Densité : 238 personnes / km2.
Menaces : pollutions domestique, industrielle et agricole ; 105 grands barrages prévus ou en construction ; pêche excessive à laquelle s’ajoute la pêche illégale.
Le Gange : 2 507 km. Bassin de 1 016 124 km2.
Population : 200 millions d’habitants.
Densité : 401 personnes / km2.
Menaces : Prélèvements d’eau excessifs. 14 projets de barrage.
Le Rio Grande : 3 033 km. Bassin de 607 965 km2.
Population : 10 millions d’habitants.
Menaces : Prélèvements d’eau excessifs ; salinisation ; espèces invasives. |
Des épis nuisibles à plus ou moins long terme
Photo : S.Lemarchand |
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Pendant des années, pour empêcher l’eau de la mer de creuser, les chenaux de navigation de s’ensabler, pour freiner l’action des courants, l’homme a utilisé la technique des épis rocheux avancés en mer, perpendiculairement à la côte.
L’effet de ces épis littoraux est aujourd’hui de plus en plus contesté tant vis-à-vis de l’objectif initialement recherché que de l’impact écologique à moyen terme. Ainsi aux Saintes Maries-de-la-Mer et sur la côte camarguaise où l’on compte des épis rocheux par dizaines et dizaines, on constate l’ensablement excessif par endroits et le creusement à d’autres. |
Déjà les experts s’interrogent sur le devenir proche des Saintes qui, pour éviter qu’elles ne soient totalement submergées par l’eau, devraient admettre d’en être entourées.
Autre constat alarmant en Baie de Canche où des épis visant à préserver la navigabilité du chenal maritime desservant le port d’Etaples, ont abouti à un atterrissement aussi consternant que rapide des vasières et à une avancée du trait de côte sur la plage dite "des Pauvres" de plusieurs dizaines de mètres par endroit. |
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Dans tous les cas, faire machine arrière paraît impossible, ce sera pourtant la seule option, un jour ou l’autre.
Les Néerlandais l’ont bien compris qui ont engagé un lourd et frayeux processus de dépoldérisation.
"Si nous voulons que les Pays-Bas restent sûrs et habitables, … nous devons changer notre façon de nous comporter vis-à-vis de l’eau" constatait récemment le vice-ministre de la gestion de l’eau.
A quand une prise de conscience similaire en France ? |
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- En 100 ans, la population mondiale a triplé tandis que la consommation d’eau humaine a été multipliée par 6.
- La consommation moyenne annuelle d’eau est de 600 m3 par habitant dont 50 m3 d’eau potable.
- La consommation quotidienne d’eau à usage domestique est de 600 litres par habitant en Amérique du Nord et au Japon, entre 250 et 350 litres en Europe, entre 50 et 100 litres en Asie et en Amérique su Sud, entre 10 et 40 litres en Afrique.
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Les chiffres de l’eau en France
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Pluviométrie : il tombe 440 milliards de m3 de précipitations annuelles en France.
Nappes : 191 milliards de m3 d’eau sont disponibles en France par an dans les nappes, les rivières et sous terre.
Consommation : Les sociétés de distribution d’eau prélèvent 32 milliards de m3 d’eau pour tous les usages (agricole, industriel et domestique) dont 4 milliards de m3 pour la consommation des ménages.
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