La Chasse dans les Landes

 
 

L’ALCGE (Association Landaise des Chasseurs de Gibier d’Eau et du DPM)

Très imprégnée par les différentes origines qui la composent, la culture landaise est partagée entre pelote basque, rugby, tradition thermale, corridas et ferias.
Ici, les "vieux" (terme qui n’est pas péjoratif dans ce coin de France) sont très attachés aux chasses ancestrales, telle que l’alouette ou la palombe, mais il y existe aussi une chasse populaire de gibier d’eau, puisque 900 tonnes sont répertoriées sur le département.
L’accueil du Sud-Ouest est très chaleureux, et les gens d’ici sont fiers de faire partager leurs spécialités gastronomiques : le canard gras (foie gras et magret), le floc et l’armagnac, le piment d’Espelette et la cuisine à la plancha entre autres…

Le territoire des Landes

2ème plus vaste département de France (après la Gironde) avec 9.250 km2, les Landes n’en restent pas moins un territoire assez peu peuplé, dont les plus grandes villes ne comptent pas plus de 30 ou 40.000 habitants.
Ce département étendu est couvert aux 2/3 par la forêt, et les zones de chasse principales pour le gibier d’eau sont les bords du fleuve Adour (au sud du département) et le domaine public maritime, qui s’étend le long de 91 km de côte.

L’ALCGE et son Président

Créée en 1972, l’ALCGE/DPM regroupe les sauvaginiers des étangs du sud des Landes, des Barthes (zones inondables bordant l’Adour) et du Domaine Public Maritime. Cet ensemble représente une superficie de chasse au gibier d’eau comprise entre 20.000 à 25.000 ha.
L’association compte 600 adhérents pour la dernière saison, alors que le département dénombre 900 tonnes. Certains chasseurs de gibier d’eau ne sont pas adhérents à l’ALCGE, car les Barthes sont des domaines privés, appartenant souvent à des agriculteurs, et l’adhésion à l’association n’est obligatoire que pour chasser sur le DPM.
Jean-Pierre Arnaudin préside l’ALCGE depuis 1974, c’est dire son expérience en la matière ! Il est la mémoire de l’association et connaît certains adhérents depuis l’enfance. De plus, il a également rallié, depuis 2000, la Fédération Départementale des Chasseurs des Landes en tant que Trésorier Adjoint, et s’implique activement pour y promouvoir la chasse au gibier d’eau.
Il aime à répéter que "dans les Landes, c’est une chasse populaire", qu’il souhaite de tout cœur maintenir, et le prix de l’adhésion à l’ALCGE reflète cet état d’esprit : 6e pour l’année, et 5e de plus si l’on choisit aussi le DPM.

La cotisation annuelle pour la chasse au gibier d’eau s’organise de la façon suivante :
En premier lieu, pour chasser dans les Landes, l’achat d’une carte ACCA (Association Communale de Chasse Agréée) est imposée. En contrepartie, elle autorise tout mode de chasse. Son prix varie suivant les communes, mais tourne autour de 30 à 40e. La carte ACCA permet de chasser sur environ 8 ou 9 communes définies.
Les zones de chasse gérées par l’ALCGE sont divisées en 22 secteurs, avec chacun à leur tête au moins un responsable, bénévole. C’est lui qui propose aux chasseurs, lors de l’achat de la carte ACCA, d’adhérer à l’ALCGE et à l’ANCGE.
Enfin, ceux qui désirent chasser à la tonne, appelée ici guitère (du gascon guite qui désigne le canard), doivent ajouter une redevance, payée directement à la commune. Pour les tonnes où l’on chasse à plusieurs, c’est le titulaire du poste qui paie cette redevance.

Le Conseil d’Administration est composé des membres suivants : Jean-Pierre Arnaudin, Président, Jean-Marc Labèque, Vice-président, Alain Laclau, Trésorier, Jérôme Candau, Secrétaire Général et administrateur adjoint ANCGE et enfin Jérôme Cazalis, Secrétaire adjoint.

Un biotope bien particulier : les Barthes de l’Adour

Les Barthes de l’Adour sont un ensemble de plaines alluviales, qualifiées également de zones inondables ou boueuses.
Elles s’étendent le long de l’Adour, sur environ 80 km. Sur 10.000 ha de Barthes, 3.000 sont constitués de prairies humides, 5.000 de boisement et 2.000 de culture.
Cet écosystème est essentiel pour les oiseaux d’eau, qui trouvent là leur zone de gagnage. On trouve certes de grands lacs sur la côte, mais il y manque de nourriture, alors que les Barthes forment un biotope riche pour les oiseaux.
Les Barthes sont classées comme zone d’importance internationale pour l’avifaune (recensement CEE du 30 avril 1986), ainsi que comme Zone Importante pour la Conservation des Oiseaux (ZICO, avril 1991).
Aussi bien pour les chasseurs que pour l’équilibre animalier, il est donc plus que nécessaire que cet environnement particulier soit préservé.
La Fédération Départementale des Chasseurs Landais a entrepris, depuis une vingtaine d’années, de nombreuses actions dans ce sens. Jean-Pierre Arnaudin en est convaincu : "sans l’intervention de la Fédération, il n’y aurait sûrement plus beaucoup de gibier d’eau dans le département".

L’avifaune et les migrateurs

Le long des routes de campagne, les échassiers ne sont pas rares. Une soixantaine de couples de cigognes a élu domicile ici, tandis que dans les champs et les Barthes, on croise nombre de hérons cendrés, aigrettes et garde-bœufs.
Concernant les espèces chassables, les Landes bénéficient du couloir atlantique. Les migrateurs en chemin vers l’Espagne et l’Afrique viennent se reposer là, en particulier les oies cendrées qui partent hiverner sur le site de Guadalquivir (Espagne).

L’héritage des chasses traditionnelles et la chasse au gibier d’eau

La chasse à la jument dans
les Barthes
Les chasses aux oiseaux les plus traditionnelles dans les Landes ne sont pas celles du gibier d’eau, mais les chasses à l’alouette, l’ortolan (aujourd’hui interdite) et la palombe qui comptent encore d’heureux pratiquants.
Parmi les chasses du gibier d’eau, deux adhérents perpétuent la tradition de la chasse à la jument, en utilisant la femelle poney des Barthes pour approcher les oiseaux. Cet équidé qui vit dans la nature nuit et jour est parfaitement habitué au terrain particulier des Barthes. Dressé, il sert de ruse d’approche et de cache aux chasseurs. (photo : R.Lanuffe)

Aujourd’hui, on chasse le plus couramment à la tonne, le plus souvent à la passée du matin ou du soir, parfois toute la nuit (surtout chez les jeunes). Sur les grands étangs, l’art du camouflage de la tonne est un plaisir auquel aiment s’adonner les chasseurs de gibier d’eau. Les tonnes flottantes ou en bordure d’étangs sont parées de branches, feuillages et haies, qui doivent les confondre dans le paysage. Mais, d’après les dires de certains chasseurs, les oiseaux accoutumés aux réserves voisines ne s’y laissent pas leurrer. Alors que d’autres oiseaux de passage, venant de la mer vers les étangs tout proches, les côtoient sans se méfier.
Des tonnes les plus rudimentaires...
La chasse devant soi se pratique aussi dans les Barthes.
C’est un exercice assez sportif car la boue accroche bien les bottes.
Quand le niveau d’eau est important, certains chasseurs prennent la galupe, petite embarcation camouflée, et doivent alors ramer très lentement et sans clapotis pour approcher les oiseaux. Cette technique est encore utilisée par une vingtaine de chasseurs des Landes.
...aux plus confortables


En revanche, la chasse sur le DPM est très peu pratiquée car réputée difficile. Comme il n’y a pas d’installation fixe, on y chasse à la passée ou au hutteau mobile.
Par temps de grands froids, quand les oiseaux sont nombreux, tout chasseur peut s’improviser chasseur de gibier d’eau, notamment à la volée.
La période de chasse la plus vivante pour le gibier d’eau a lieu, bien sûr, lors des grands passages migratoires. Le pic se situe en octobre et novembre. La fin du mois de décembre peut être intéressante aussi.
Les sauvaginiers landais chassent pratiquement tous les anatidés : principalement la sarcelle d’hiver, appréciée pour son goût, le pilet et le chipeau. La sarcelle d’été et le souchet sont de moins en moins chassés à cause des dates de fermeture. Les colverts ne sont pas particulièrement répandus puisque la région accueille surtout des migrateurs.
Enfin, de façon très irrégulière, les oies cendrées font une halte sur les étangs des Landes ; les amateurs sont alors à l’affût, car leur période de migration est très brève.
Par contre, les limicoles ne sont pratiquement pas chassés, car ici on leur préfère les gibiers plus gros. Ainsi, les chasses au vanneau et au pluvier, répandues autrefois, ont été délaissées. Les prélèvements sont très variables car liés aux migrations. Si une trentaine d’oiseaux par an est honorable, une bonne chasse se monte à 60-70 oiseaux par saison.


La Fédération Départementale des Chasseurs des Landes

Reconnue depuis 1978 comme association de protection de l’environnement, la Fédération s’est investie dans une politique de gestion des zones humides. Le département en compte 30.000 ha.
Grâce, en partie, à la Fondation Nationale (0,15euros par permis) et à la Caisse départementale des Landes (qui verse un montant supplémentaire de 0,23euros par permis), la Fédération réhabilite et aménage des réserves, qui constituent de grandes zones d’alimentation pour les oiseaux.
Elle gère 23 sites pour une superficie de 1.500 ha, avec un coût annuel de 115.000euros.
Outre la gestion des systèmes d’irrigation des Barthes, l’entretien des réserves et la lutte contre les prédateurs divers (ragondins, corbeaux, jussie), la Fédération se charge du recensement et du comptage hivernal des oiseaux en suivant 50 sites.
En moins de 20 ans, la population de canards est passée de 2.000 à 20.000. Les réserves sont un enjeu majeur pour la préservation des oiseaux d’eau.

La Fédération est fière de ses deux plus grandes réserves, situées dans les Barthes de l’Adour : Ponthonx-sur-l’Adour et St-Martin-de-Seignanx, qui peuvent être admirées par le public depuis les miradors placés à l’entrée de ces réserves (environ 20.000 visiteurs annuels pour ces deux sites).
La Fédération est donc une bonne vitrine pour la reconnaissance de la chasse auprès du grand public.
Elle recherche actuellement des financements pour le projet Alca Torda, qui consiste à créer, à la Maison de la Chasse (Mont-de-Marsan), un site pédagogique pour soigner les oiseaux mazoutés et plus généralement toute vie animale sauvage blessée. Elle communiquera sur ce projet dès que les fonds nécessaires auront été réunis.

Les craintes pour la relève

La carte ACCA permet de chasser tout type de gibier, et les contraintes qui pèsent sur la chasse au gibier d’eau (dates des ouverture et fermeture, arrêt de l’utilisation du plomb) inquiètent le Président de l’ALCGE. En effet, sur les 600 adhérents, 85% chassent "autre chose" et il craint que la chasse au gibier d’eau soit délaissée au profit de chasses plus prolifiques. Ainsi, la battue au sanglier, ouverte toute l’année, compte des adeptes de plus en plus nombreux.
La transmission de la tradition cynégétique en général est menacée dans les Landes : la Fédération est passée en 6 ans de 40.000 chasseurs à 27.000 aujourd’hui.
Président de l’ALCGE depuis plus de 30 ans, Jean-Pierre Arnaudin est préoccupé par la relève : d’une part, le bénévolat et la vie associative nécessitent qu’on leur consacre du temps ; de l’autre, le renouvellement de la population de chasseurs est limité.
Cependant, les chasseurs de gibier d’eau landais représentent une population cynégétique tout de même ouverte aux jeunes, puisque près d’un tiers des adhérents ont moins de 30 ans. A l’image de Jérôme Cazalis, 26 ans, Secrétaire Adjoint de l’ALCGE depuis 4 ans, qui partage une tonne avec trois copains de son âge.

L’ALCGE : toujours plus d’écoute

L’ALCGE édite chaque année son propre bulletin de liaison, Le Biganon, qui est distribué à ses adhérents.
Concernant les actions pour mieux faire connaître la chasse au gibier d’eau, Jean-Pierre Arnaudin avoue que les "24 h de la Sauvagine" ne remportent pas un grand succès ici. D’après lui, "les gens sont plus intéressés pour aller voir les réserves que passer un moment avec les chasseurs". Cependant, dès qu’il le peut, il emmène des visiteurs avec lui à la tonne.
Malgré tout, l’Association Landaise des Chasseurs de Gibier d’Eau a gagné en qualité d’écoute. Il y a 5-6 ans, seulement une vingtaine de personnes se rendait à l’Assemblée Générale. Celle de 2004 a accueilli plus de 300 personnes. Même si tous ne sont pas adhérents, l’ALCGE reste ouverte à tous.

Lily PHAM
Texte et photos

Contact ALCGE/DPM :
Tél. 05 58 43 03 40

 
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