Chasser le gibier d’eau sur les plages du Boulonnais

 
 

Un territoire difficile

Le territoire de l’association des sauvaginiers du Boulonnais n’est peut-être pas le moins attractif qui soit sur le littoral français, mais certainement l’un de ceux qui impose une grande connaissance de l’oiseau à qui veut réussir. Pour l’essentiel, des plages de sable fin et des bandes rocheuses, le tout bordé soit de falaises, soit d’un cordon dunaire. Une petite baie se situe au nord du territoire : la baie de la Slack, si atterrie aujourd’hui que vouloir y atteler quelques oiseaux peut paraître totalement irrationnel. Quelques passionnés continuent néanmoins à s’y exercer, notamment lors des grandes marées.

Chasser sur les plages du Boulonnais

Chasser sur de tels territoires exige une grande rigueur, une réelle compétence et un vrai savoir-faire. Sans cela, bredouille assurée et découragement garanti au bout de quelques sorties.
Chaque mode de chasse a ses adeptes et inconditionnels, ses techniques, stratégies et matériels spécifiques. Évidemment, des chevauchements sont possibles en fonction de l’oiseau qui se présente.

 

L’association des sauvaginiers du Boulonnais en quelques chiffres

Une dame trentenaire, en pleine force de l’âge.
250 adhérents en 2004-2005.
18 km de linéaire côtier chassable.
Adhésion complète (comprenant adhésion à l’ANCGE et abonnement à La Sauvagine) :
- Personnes imposables : 75 € dont 40 € pour l’ANCGE avec récupération de 37 € sous forme d’avoirs fiscaux.
- Personnes non imposables : 55 €. Uniquement sur fourniture d’un justificatif (avis de non imposition). Pour des raisons de confidentialité, ces cartes à tarif réduit ne sont disponibles qu’au siège de l’association du lundi au vendredi de 8 h à 12 h et de 14 h à 17 h.
Adhésion simple (sans abonnement à la revue La sauvagine) : 45 €. Réservé aux personnes vivant sous le même toit qu’un chasseur déjà abonné sur présentation d’un justificatif ou déjà abonnées elles-mêmes au titre d’une autre association (justificatif exigé).
Licence hutteau dans la limite du nombre de cartes disponibles : 10 €.
Carte chasseur au hutteau : 8 €.
À noter :  Les compagnes des sociétaires, titulaires du permis de chasser, sont adhérentes à titre gratuit sur simple demande adressée au siège de l’association avec l’espoir qu’elles soient toujours plus nombreuses au sein de notre association.
Si tout cela vous tente, n’hésitez pas : venez ! L’accueil est une des qualités des sauvaginiers du Boulonnais. Le sens du partage aussi.

 

La chasse à la passée des oiseaux d’eau

La Slack, une baie aujourd'hui atterie. En arrière plan, la Pointe aux oies, paradis des chasseurs à la passée.
C’est la chasse de base, celle qui concerne, plus ou moins, tous les adhérents de l’association. 50 à 60 % ne pratiquent que ce mode de chasse, les autres le font de façon plus occasionnelle, lors des boutées de gibier.
Le principe est simple. De jour, depuis 2 h avant le lever du soleil jusque 2 h après son coucher, le chasseur tente d’être placé au plus près de l’endroit où le gibier est censé passer pour le tirer dans les meilleures conditions possibles.
À partir de là, les techniques sont très diversifiées. Les uns se dissimulent dans les rochers pour ne pas être vus et surprennent le gibier lorsqu’il est à portée.
Les autres l’attirent soit par le sifflet, soit par un blettage ad hoc sur les bandes de sable, au bord des "bâches" (retenues d’eau de mer formant des mares naturelles) ou des "cours" (courant constitué par l’eau des bâches qui se vident)
Surprenant: le blettage sur le brillant, ni corde, ni plomb sauf par grand vent.

Certains sauvaginiers du Boulonnais sont d’excellents siffleurs capables de faire tourner une bande de courlis à l’angle droit, voire de lui faire faire demi-tour pour, ensuite, la faire poser dans les quelques formes judicieusement disposées.
Ce mode de chasse, tant sur le sable que dans les rochers, concerne principalement les limicoles : courlis, huîtriers-pies, chevaliers pour l’essentiel. Le prélèvement en canards est très faible selon cette technique et limité aux instants des premières ou dernières lueurs du jour, ou aux journées de froid intense et de belles migrations.
Les canards les plus prélevés à la passée sont la sarcelle d’hiver, le canard siffleur et la macreuse brune.

 

La chasse des oiseaux de passage

Même si cela nous fait sortir du cadre bien précis de la chasse des oiseaux d’eau, 15 % à peu près des sauvaginiers du Boulonnais pratiquent, de façon quelquefois quasi-exclusive, la chasse des oiseaux de passage sur le territoire de l’association.
Ainsi, à partir de la mi-août, mais on ne peut les tirer qu’à partir de fin septembre (4e dimanche), et jusque fin octobre, chaque matinée de temps sec et clair (vents d’Est, Sud-Est ou Sud) est marquée par une migration incessante de tourterelles turques. Des bandes de 5 à 30 oiseaux se succèdent ainsi, sans interruption, pendant 1 h ou 2, entre 20 et 30 mètres de haut.
Inutile de dire qu’il y a affluence sur les bons secteurs pendant cette période. L’oiseau est prisé à la fois pour son tir sportif et pour sa finesse gastronomique.
Dans cette même période, le chanceux pourra tomber sur une migration de pigeons ramiers (palombes) ou de petits bleus (bisets).
Par grand vent, les oiseaux volent à ras du sol, à même la plage, et il n’est pas rare, par le travers, de pouvoir faire un joli coup de fusil.
Par temps plus calme, sec et dégagé, on peut voir des vols de palombes, comptant parfois plusieurs milliers d’individus, en partance vers nos amis médocains ou pyrénéens. Seuls les oiseaux volant assez bas pourront être tirés, les autres ne sont là que pour le plaisir des yeux. Grandiose.
Novembre et décembre apportent ensuite les grives, les mauvis d’abord, en grand nombre, puis les litornes. Selon les années, on assiste aussi à de belles migrations de merles noirs et de geais des chênes.

La chasse à la "caisse"

À mi-chemin entre la chasse à la passée et la chasse au hutteau, cette technique est pratiquée par les plus jeunes des sauvaginiers du Boulonnais, ou les plus courageux. Difficile, fatigante, douloureuse parfois tant le froid peut être intense, elle consiste à atteler canards et blettes pendant les 2 h crépusculaires, le plus souvent celles du matin, et à s’asseoir, à même le sable ou les galets, les fesses sur une feuille de plastique, adossé à la caisse utilisée pour le transport des oiseaux. L’attente commence alors dans l’immobilisme le plus absolu, le froid pénètre de façon d’autant plus incisive qu’il a fallu transpirer pour amener le matériel et l’installer précipitamment sur la zone choisie.
Évidemment, cela se pratique à marée basse ou, quand les petits coefficients le permettent, à marée haute.
Rien n’est jamais garanti dans cette chasse, l’une des plus dures qui soit, mais aussi l’une des plus prenantes.
Les canes chantent, forcent, appuient. On voit les sarcelles ou les siffleurs tourner, retourner, s’éloigner pour revenir accrochés par le chant des appelants puis, c’est soit la pose et un tir rapide en dépit de mouvements lents, contrôlés et limités, soit la fuite définitive parce qu’on est trop visible ou parce que quelqu’un approche sur la plage, un autre chasseur, un pêcheur ou un promeneur.
Du grand art pour celui qui réussit d’autant que l’attelage se fait en temps record, selon le plan d’eau ou de sable luisant (le brillant) qu’on a pu trouver (cela bouge à chaque coup de vent) et, bien sûr, selon le vent et l’arrivée du gibier.
Les quelques canards tués dans ces conditions sont toujours bien mérités et grandement appréciés. La bredouille, par contre, a le goût amer de l’injustice, mais c’est cela la chasse du gibier d’eau. Rien n’est jamais gagné d’avance.

La chasse au hutteau

Robert, David et Chipie au créneau. Les siffleurs tournent.. L'amplificateur non électronique de Robert est d'une réelle efficacité
La plus belle et la plus noble des chasses pour les sauvaginiers du Boulonnais. Une chasse aussi très difficile mais captivante. La seule qui soit autorisée de nuit, entre les heures crépusculaires.
L’association dispose de 49 licences hutteau et une petite centaine de sociétaires pratiquent assidûment. 15 à 20 % le font même de façon exclusive : le hutteau et rien d’autre.
Les hutteaux du Boulonnais sont très particuliers. Pour la plupart, ce sont des habitacles de bois, montés sur roues, que l’on tire sur le sable jusqu’à une place disponible qui paraît propice à la pose du gibier. D’autres sont de toile et de paille.
La plus belle et la plus noble des chasses pour les sauvaginiers du Boulonnais. Une chasse aussi très difficile mais captivante. La seule qui soit autorisée de nuit, entre les heures crépusculaires.
L’association dispose de 49 licences hutteau et une petite centaine de sociétaires pratiquent assidûment. 15 à 20 % le font même de façon exclusive : le hutteau et rien d’autre.

Les hutteaux du Boulonnais sont très particuliers. Pour la plupart, ce sont des habitacles de bois, montés sur roues, que l’on tire sur le sable jusqu’à une place disponible qui paraît propice à la pose du gibier. D’autres sont de toile et de paille.
Aucune place n’est réservée ou réservable. Le premier arrivé s’installe, le suivant va plus loin, et ainsi de suite.
L’attache est totalement libre. Le règlement intérieur limite seulement à 8 le nombre d’appelants autres que les canards colverts : sauvagines ou oies, indifféremment.
Le prix de la licence par installation est particulièrement modique : 10 € ; comme la carte de chasseur au hutteau : 8 €. Ceci permet à tous ceux qui le désirent d’accéder, même en cours d’année, à ce mode de chasse particulièrement passionnant.
Le hutteau, sur le DPM du Boulonnais, se pratique soit :
sur les "bâches", ces retenues naturelles d’eau laissées sur l’estran par la mer qui se retire (sauf en cas de tempête) ;
sur les "brillants", zones de sable, au pied des dunes, sur lesquelles ruisselle un mince filet d’eau (1 à 2 millimètres pas plus) provenant des sources qui s’écoulent sur la plage.
Les bâches ne peuvent être attelées qu’à marée basse, quant aux brillants, ils peuvent l’être même à marée haute, par petit coefficient. Ils permettent alors de chasser au hutteau toute la nuit sans avoir à dételer puis à atteler à nouveau, dès le début du baissant. Les nuits sont alors plus calmes, mais, bien évidemment, tout cela est relatif. Une nuit calme dans un hutteau boulonnais serait considérée comme une nuit d’enfer par beaucoup. Peu de confort et beaucoup d’efforts.
Les prélèvements réalisés à partir de ce mode de chasse sont très aléatoires. Un principe vrai partout cependant : si tu n’y vas pas, tu ne tues pas.
Pour les hutteaux qui sortent peu, le tableau annuel peut se situer entre 20 et 30 oiseaux, pour les assidus, le chiffre de 100 est souvent dépassé, voire plus encore, les grandes années, pour les vrais mordus.
J’ai personnellement vu des photos d’un tableau de plus de 80 oiseaux en une nuit.
C’était avant que les ACM existent.
C’était avant que les PMA existent.
Et surtout, c’était un hiver et une boutée de gibier tout à fait exceptionnels.

 

Réglementation estivale de l’association des sauvaginiers du Boulonnais

Un modèle en terme de partage de l’espace et du temps.
Depuis plus de 20 années, les sauvaginiers du Boulonnais ont auto-limité leur pratique de chasse en période estivale dans un but de meilleur partage du temps et de l’espace avec les autres usagers du DPM, afin d’éviter tout conflit stérile.
Sur toutes les zones à forte fréquentation touristique, la chasse est interdite de 9 h à 19 h du jour de l’ouverture à la veille de la rentrée des classes. Cette mesure avant-gardiste en son temps a permis de maintenir le droit de chasser l’été sur les zones les plus balnéaires du territoire, pas nécessairement les plus mauvaises la nuit ou aux heures de la passée.

 

Le suivi des prélèvements

Répondant à l’appel de l’ANCGE et consciente que tout usage ne saurait se prétendre durable sans une appréciation sérieuse des prises, l’association lance à partir de cette année un suivi des prélèvements pour la chasse de jour (les prélèvements chasse de nuit entrant dans le suivi légal et obligatoire orchestré par les FDC, la FNC et l’ONCFS). Chaque sociétaire a reçu, en même temps que sa carte, un formulaire explicatif et une fiche prélèvements par décade. L’ensemble des données ainsi recueillies sera traité par l’association puis transmis à Olivier Berthold, le Monsieur Prélèvements Oiseaux d’eau de l’ANCGE.
Les résultats sont attendus avec impatience par de nombreux sociétaires soucieux de mesurer l’impact de leur chasse mais curieux aussi de pouvoir se situer par rapport aux autres (s’ils veulent bien aussi s’engager dans la démarche ANCGE). Une nouvelle ère commence, celle de la connaissance. Les sauvaginiers du Boulonnais ne voudraient rater cela pour rien au monde.

Gilles Deplanque
Textes et photos

 

Le carnet d’adresses de l’association des sauvaginiers du Boulonnais

Siège social de l’association des sauvaginiers du Boulonnais : 58 avenue Charles de Gaulle 62200 Boulogne-sur-mer.
Tél. : 03 21 91 33 33. Fax : 03 21 99 73 53. Heures d’ouverture du lundi au vendredi de 8 h à 12 h et de 14 h à 17 h.
Les principaux responsables associatifs : président : Gilles Deplanque, 2 rue Edouard Herriot 62200 Boulogne-sur-Mer, tél. : 03 21 91 33 33 ; vice-président : Bernard Dufresne, 67 rue Haffreingue 62360 Pont-de-Briques, tél. : 03 21 87 65 67 ; secrétaire : Laurent Wintrebert, 34 rue des Hêtres 62240 Desvres, tél. : 03 21 32 45 11 ; trésorière : Thérèse Clabaux,
30 rue des Montaques 62250 Landrethun-le-Nord, tél. : 03 21 33 23 96.

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Portrait : Robert, pur sauvaginier du Boulonnais

Chasser sur les plages du Boulonnais, pour Robert, c’est tout comme respirer, manger, boire et dormir. Quoique, pour le dormir … rien ne vaut, à ses yeux, une bonne nuit au hutteau. Comme il dit : "C’est là qu’on est bien. Y’a rien au-dessus".
Robert n’est plus loin de la cinquantaine mais il a toujours l’œil brillant, étincelant même, lorsqu’il parle de chasser le gibier d’eau. Et plus encore au hutteau. C’est son truc. C’est sa vie. Il y a quasiment tout consacré : son temps, son énergie. Qu’il parle de canards, d’oies ou de courlis et d’huîtriers-pies, c’est tout son être qui s’anime. C’est toujours avec la même passion, la même fougue, la même intensité dans le regard.

Tout jeune, Robert était déjà mordu de chasse à la sauvagine. Son père, ses frères, tout le monde vivait au rythme des migrations. Bien entendu, chez lui, femme et enfants ont, eux-aussi, été emportés par la même fièvre.
Robert sculpte le bois, des oiseaux, des crosses. Robert naturalise, des petits, des gros, à poils, à plumes. Pour le plaisir, pour la passion. Robert élève ses oiseaux. Ses colverts, bien sûr, ses appelants préférés, avec ses oies. Mais aussi quelques sauvagines.
Comme il le dit souvent : "Il faut bien s’y mettre, mais c’était mieux avant. Que le colvert et le savoir-faire. Aujourd’hui, c’est différent."
Robert chasse en de nombreux endroits, mais son territoire de prédilection reste la plage d’Hardelot. C’est là qu’il a fait ses débuts. Une belle plage du nord de la France, entre Boulogne-sur-Mer et Le Touquet, qui, une fois les touristes partis, devient son royaume à lui, du soir au matin. Son espace de liberté dans lequel il se plait à communier avec les oiseaux venus de tous les pays nordiques. Les faire poser sur les brillants : c’est ça son truc. Ces bandes immenses de sable fin, au pied des dunes, sur lesquelles les sources d’eau douce s’étalent en un mince filet d’un à deux millimètres, pas davantage, formant un véritable miroir. "Et ça pose. Même des plongeurs. Les gens ont du mal à imaginer tous les oiseaux qu’on peut y voir."
L’intersaison pour Robert, c’est le temps des améliorations. Bricoler le hutteau. Imaginer un nouveau système plus pratique, plus efficace, plus léger aussi. "On n’a plus 20 ans." Préparer ses oiseaux. Essentiel. Entraîner le chien aussi. Puis l’ouverture est là. Le fusil est prêt. Tout est au point. Le pire regret, cette année : "Ces cochons-là ont encore réussi à nous faire reculer l’ouverture des canards de trois semaines. Mais l’année prochaine …".
C’est ainsi que vit Robert, au rythme des saisons de chasse sur les plages du boulonnais. Ses yeux clairs sans cesse à rechercher l’oiseau. Une vraie raison de vivre, un art de vivre même, une forme de philosophie en vérité.

 
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