Chasser le gibier d’eau sur l’étang de Berre


 
 

L’étang de Berre, dans les Bouches-du-Rhône, avec son pourtour long de quelques 80km, constitue le plus grand étang marin d’Europe occidentale. Les sauvaginiers chassant sur ses rives relèvent donc de l’administration du domaine public maritime.
On y compte 99 huttes ou cabanons, chacune étant pour son propriétaire un petit coin de paradis ouvrant sur l’horizon d’une véritable petite mer intérieure. Ici, encore plus qu’ailleurs, les sauvaginiers ont l’art de conter inlassablement leurs petites ou grandes histoires de chasse, avec leur éternel accent provençal. Si vous allez leur rendre visite, ils vous réserveront un accueil extraordinairement chaleureux… Eh oui ! Ici, c’est le Sud !

 
 

L’étang de Berre,"l’étang merveilleux"

 

Dès l’Antiquité, les environs de l’étang ont été habités par l’homme, comme en témoignent des vestiges archéologiques datant de l’époque romaine. Des fouilles préhistoriques montrent aussi que les ressources de la pêche y étaient abondantes et largement exploitées.
D’une surface de 155 km2, avec une profondeur moyenne de 9m, et d’un volume de 980 millions de m3, l’étang de Berre serait toujours un espace merveilleux pour la pêche et la chasse au gibier d’eau si l’occupation humaine n’avait aussi ses revers, dus à l’industrialisation dès les années 1930.
Après avoir frôlé la catastrophe écologique (voir encadré) il y a quelques décennies, l’étang de Berre a été reconnu comme élément remarquable du patrimoine environnemental national (1), mais aussi d’intérêt international en tant que zone humide participant à l’accueil de dizaines de milliers d’oiseaux migrateurs chaque année (2).

 
 
Pour la reconquête d’un paradis perdu
L’industrialisation de l’étang de Berre débute dès 1929, et rapidement les rejets industriels, puis domestiques (évacuation des eaux usées) polluent l’eau et appauvrissent la faune et la flore, à tel point que la pêche y a été interdite pendant 37 ans (de 1957 à 1994).
La prise de conscience généralisée sur l’importance de l’environnement ainsi que les divers groupements pour la sauvegarde de l’étang de Berre (GIPREB – Groupement d’Intérêt Public pour la Réhabilitation de l’Étang de Berre, SISEB – Syndicat Intercommunal pour la Sauvegarde de l’Étang de Berre) et les aménagements nécessaires, en particulier la création de stations d’épuration, ont permis à l’étang de ne pas mourir, intoxiqué par les pollutions liées à la présence humaine.
Les chasseurs eux-aussi ont eu peur de tout perdre. Quel oiseau viendrait se poser sur un "étang décharge"‑?
Depuis une décennie, la situation de l’étang s’est améliorée. Reste toujours une vilaine ombre au tableau : les rejets de l’usine EDF de St-Chamas, construite en 1966, déversant directement les eaux provenant du canal de la Durance qui, lui-même, charrie les eaux de 7‑centrales électriques situées en amont. L’État a reconnu, depuis, une part de responsabilité importante de cette centrale dans la dégradation écologique de l’étang de Berre. Cependant, malgré des efforts de réduction, elle rejette encore annuellement 2,1‑milliards de m3 d’eau chargée de limons (plus du double du volume de l’étang‑!), empêchant la survie de nombreuses espèces, et ce, après des dizaines d’années de bataille juridique pour essayer de détourner ces eaux.
 
 

L’histoire de l’ACMEB

 

L’amodiation des baux sur le DPM (location du territoire par l’État) a donné naissance à l’Association de chasse maritime de l’étang de Berre (ACMEB) en 1976.
Ce fut un dur labeur que de réunir sous une seule bannière la chasse maritime de 12 communes. Cette organisation fut l’œuvre de deux hommes passionnés, amoureux de cette chasse aux migrateurs, qui ont travaillé à la réunification des chasseurs sur le périmètre de l’étang de Berre, le recensement des huttes et le bon fonctionnement de l’association cynégétique. Le regretté Guy Desplans, qui a disparu tragiquement et prématurément il y a quelques années, avait en particulier recensé les huttiers de Berre-l’Étang et Rognac, ce qui ne fut pas une mince affaire.
Le deuxième homme, Gabriel Combe, a su faire admettre sur les secteurs de St-Chamas, Miramas et Istres, le bien-fondé de cette structure. Il est depuis 25 ans vigneron en Charente‑; son pineau est excellent, et sa passion pour le gibier d’eau comme au premier jour.
De 1976 à 1990, la présidence de l’ACMEB a été confiée à Christian Doublet, administrateur de l’ANCGE. Depuis 1990, les rênes sont tenues par Henri Oudet, jeune retraité qui donne lui aussi beaucoup de son énergie à mettre en œuvre les projets de l’association.
Enfin, l’ACMEB est très reconnaissante envers l’ANCGE à laquelle elle est fière d’adhérer, convaincue que celle-ci lui apporte une aide immense dans de nombreux dossiers, notamment pour les baux du DPM, grâce à sa technicité, les relations entretenues au plus haut niveau, la compétence et la connaissance scientifique.

 

L’ACMEB aujourd’hui

 
L’association regroupe 400 sauvaginiers dont 99 huttiers. Le conseil d’administration est composé de 9‑membres. Henri Oudet préside l’ACMEB, entouré de Jean-Pierre Ribeiro, vice-président, Franck Vidal, secrétaire et Aimé Kruplewicz, trésorier. Le reste de l’équipe est formé des membres du bureau : Yves Berton, Christian Doublet, Jacky Lombard, Jacques Santino et Stéfan Sekulic.
Le siège est situé à Berre-l’Étang, dans un petit local prêté par la Mairie.
Les deux modes de chasse pratiqués sur l’étang de Berre sont la hutte en bordure d’étang (75 euro la cotisation annuelle) et la passée (30 euro). Pour les jeunes chasseurs, la 1ère carte est offerte ; la carte à la botte est gratuite pour les plus de 60 ans.
L’ACMEB gère l’entretien de deux réserves naturelles, l’une à St-Chamas, l’autre à Vitrolles, surveillées par des gardes assermentés de l’Union départementale des gardes particuliers (UDGP) : cinq gardes sont titulaires et cinq autres suppléants.
Enfin, l’ACMEB est en bonne relation avec la Fédération départementale de chasse et l’ONCFS. La Fédération des chasseurs des Bouches-du-Rhône soutient les actions de l’ACMEB  par le biais d’un technicien qu’elle met à sa disposition. Celui-ci supervise les  comptages, intervient dans la campagne récolte d’ailes et permet d’affiner les données de prélèvements.
 

Oiseaux et prélèvements

 

L’espèce la plus prélevée et la plus appréciée à l’étang de Berre est la sarcelle d’hiver. En tête des prélèvements viennent aussi le souchet, le colvert et le pilet, puis le milouin et le morillon.
Les foulques sont aussi prélevées en bon nombre. Par contre, ce n’est pas une région où l’on trouve beaucoup d’oies. Si, par prodige, il s’en tuait une par saison sur l’étang il y a dix ans, on en voit un peu plus aujourd’hui et il peut s’en tuer jusqu’à dix par an.
Concernant les périodes de migrations, août était un très bon mois à l’époque où l’on pouvait chasser à cette date. Désormais, septembre et octobre sont les mois où il passe le plus d’oiseaux, en migration de descente. Septembre est très aléatoire, mais le mois à ne manquer sous aucun prétexte, le mois où il faut prendre ses congés pour aller chasser, est celui d’octobre. À partir de novembre, c’est beaucoup plus calme, et à moins de très grands froids, ce qui est plutôt rare dans cette partie de la France, les gens vont moins à la hutte, en tous cas pas avec autant d’espoirs.

(1) Cf. rapport du Sénat n°312 de 1997, par le sénateur P.Hérisson.
(2) Cf. étude de 1994, les rives de l'étang de Berre, espaces et paysages naturels sensibles réalisée à la demande de la direction régionale de l'environnement PACA.

 

Quelques appellations provençales

Fraôuque : foulque
Verdaou : colvert
Colroux : milouin
Queue longue : pilet
Négroun : morillon
Piouve : siffleur
Cuillerasse : souchet
Méjengris : chipeau
Cambusse : chevalier gambette
Carincare : sarcelle d’été

 
Lily PHAM
Texte et photos
 
 
Contacts ACMEB : 04 42 74 13 03
06 62 08 49 59 / 06 19 05 30 92
5 av. Roger Salengro - 13130 Berre l’Étang
 
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